July 11, 1.20pm | St. Ann’s Church of Ireland, Dawson Street, D2

Admission free but donations very much appreciated!

Pianist Maja Elliott joins Margaret for an afternoon recital with songs by Debussy, Poulenc, and Elliott.

Debussy Ariettes Oubliées (Paul Verlaine)

Elliott Deux Chansons (Paul Verlaine)

Poulenc Fiancailles pour Rire (Louise de Vilmorin)

Poulenc Miroirs Brulant (Paul Éluard)

Debussy Trois Chansons de Bilitis (Pierre Louys)

Duration, c 50′

Ariettes Oubliées

I. C’est l’extase langoureuse

C’est l’extase langoureuse,
C’est la fatigue amoureuse,
C’est tous les frissons des bois
Parmi l’étreinte des brises,
C’est vers les ramures grises
Le choeur des petites voix.

It is the langorous ecstasy,
It is the fatigue of love,
It is all the trembling of the wood,
In the embrace of breezes,
It is among the gray branches,
A chorus of tiny voices.

O le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au [cri]1 doux
Que l’herbe agitée expire…
Tu dirais, sous l’eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.

Oh, what a frail and fresh murmur!
It babbles and whispers,
It resembles the soft noise
That waving grass exhales.
You might say it were, under the swirling water,
The muffled movement of pebbles.

Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C’est la nôtre, n’est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s’exhale l’humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?

This soul, which laments
And this quiet plaint,
It is ours, is it not?
Mine, say  — and yours,
Whose humble antiphon we breathe
On this mild evening, so quietly?

II.  Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

It weeps in my heart
As it weeps on the village;
What is this languor
That pervades my heart?

Ô bruit doux de la pluie,
Par terre et sur les toits!
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le bruit de la pluie !

O the soft sound of the rain
On the earth and on the roofs!
For a heart that is weary,
O the sound of the rain!

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’ecœure.
Quoi! nulle trahison ? …
Ce deuil est sans raison.

It rains without cause
In this heart that is dejected.
What! No treason?
This sorrow is without reason.

C’est bien la pire peine,
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine!

Truly the worst pain 
Is not to know why
Without love and without hatred
My heart has so much pain!

III. L’ombre des arbres

L’ombre des arbres dans la rivière embrumée
Meurt comme de la fumée,
Tandis qu’en l’air, parmi les ramures réelles,
Se plaignent les tourterelles.

The shadow of the trees on the hazy river
Dies like smoke
While in the air, among the real branches
The turtledoves lament

Combien, ô voyageur, ce paysage blême
Te mira blême toi-même,
Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées, –
Tes espérances noyées.

How much, o traveler, this pallid landscape did mirror your own pallid self,
And how sadly among the high foliage
Did your drowned hopes weep.

IV. Chevaux de bois

Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.

Turn, turn, good wooden horses,
turn a hundred turns, turn a thousand turns,
turn often and turn always,
turn, turn to the sound of the oboes.

L’enfant tout rouge et la mère blanche,
Le gars en noir et la fille en rose,
L’une à la chose et l’autre à la pose,
Chacun se paie un sou de dimanche.

The red-faced child and pale mother,
the boy in black and the girl in pink,
the one pursuing and the other posing,
each getting a penny’s worth of Sunday fun.

Tournez, tournez, chevaux de leur cœur,
Tandis qu’autour de tous vos tournois
Clignote l’œil du filou sournois,
Tournez au son du piston vainqueur!

Turn, turn, horses of their hearts,
while all around your turning
squints the sly pickpocket’s eye —
turn to the sound of the victorious cornet.

C’est étonnant comme ça vous soûle
D’aller ainsi dans ce cirque bête
Rien dans le ventre et mal dans la tête,
Du mal en masse et du bien en foule.

It is astonishing how it intoxicates you
to go around this way in a stupid circle,
Nothing in the tummy and aching in the head,
very sick and having lots of fun.

Tournez, dadas, sans qu’il soit besoin
D’user jamais de nuls éperons
Pour commander à vos galops ronds
Tournez, tournez, sans espoir de foin.

Turn, wooden horses, with no need
ever to use spurs
to command you to gallop around,
turn, turn, with no hope for hay.

Et dépêchez, chevaux de leur âme
Déjà voici que sonne à la soupe
La nuit qui tombe et chasse la troupe
De gais buveurs que leur soif affame.

And hurry, horses of their souls–
hear the supper bell already,
the night that is falling and chasing the troop
of merry drinkers, famished by their thirst.

Tournez, tournez ! Le ciel en velours
D’astres en or se vêt lentement.
L’église tinte un glas tristement.
Tournez au son joyeux des tambours!

Turn, turn! The velvet sky
is slowly clothed with golden stars.
The church bell tolls sadly.
Turn, to the happy sound of drums.

V. Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.

Here are some fruit, some flowers, some leaves and some branches,
And then here is my heart, which beats only for you.
Do not destroy it with your two white hands,
And may the humble present be sweet in your beautiful eyes!

J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue, à vos pieds reposée,
Rêve des chers instants qui la délasseront.

I arrive all covered in dew,
Which the wind of morning comes to freeze on my forehead.
Suffer my fatigue as I repose at your feet,
Dreaming of dear instants that will refresh me.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encore de vos derniers baisers ;
Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

On your young breast allow my head to rest,
Still ringing with your last kisses;
Let it calm itself after the pleasant storm,
And let me sleep a little, since you are resting.

VI. Spleen

Les roses étaient toutes rouges
Et les lierres étaient tout noirs.

The roses were all red
And the ivy was all black

Chère, pour peu que tu te bouges
Renaissent tous mes désespoirs.

Dear, it only needs one move from you
For all my despairs to reawaken.

Le ciel était trop bleu, trop tendre,
La mer trop verte et l’air trop doux.

The sky was too blue, too tender,
The sea too green and the air too gentle

Je crains toujours, — ce qu’est d’attendre
Quelque fuite atroce de vous.

I fear all the time, I’m always waiting for it,
Some terrible flight from you.

Du houx à la feuille vernie
Et du luisant buis je suis las,

Of the holly with its varnished leaf
And of the shining boxwood I am weary

Et de la campagne infinie
Et de tout, fors de vous, hélas!

And of the never-ending countryside,
And of everything, except you. Alas!

Miroirs Brûlants

I. Tu vois le feu du soir

Tu vois le feu du soir qui sort de sa coquille
Et tu vois la forêt enfouie dans sa fraîcheur
Tu vois la plaine nue aux flancs du ciel traînard

You see the fire of evening emerging from its shell 
and you see the forest buried in its coolness 
you see the bare plain at the edges of the straggling sky 

La neige haute comme la mer
Et la mer haute dans l’azur

The snow high as the sea 
and the sea high in the azure

Pierres parfaites et bois doux, secours voilés
Tu vois des villes teintes de mélancolie
Dorée des trottoirs pleins d’excuses

Perfect stones and sweet woods veiled succours
You see cities tinged with gilded melancholy
pavements full of excuses

Une place où la solitude a sa statue
Souriante et l’amour une seule maison

a square where solitude has its statue
smiling and love a single house

Tu vois les animaux
Sosies malins sacrifiés l’un à l’autre
Frères immaculés aux ombres confondues
Dans un désert de sang

you see animals 
malign doubles sacrificed one to another
immaculate brothers with inter mingled shadows
in a wilderness of blood

Tu vois un bel enfant quand il joue quand il rit
Il est bien plus petit
Que le petit oiseau du bout des branches

you see a beautiful child when he plays when he laughs 
he is smaller than the little bird on the tip of the branches

Tu vois un paysage aux saveurs d’huile et d’eau
D’où la roche est exclue où la terre abandonne
Sa verdure à l’été qui la couvre de fruits

you see a countryside with its savour of oil and of water 
where the rock is excluded where the earth abandons
her greenness to the summer which covers her with fruit

Des femmes descendant de leur miroir ancien
T’apportent leur jeunesse et leur foi en la tienne
Et l’une, sa clarté la voile qui t’entraîne,
Te fait secrètement voir le monde sans toi.

women descending from their ancient mirror 
bring you their youth and their faith in yours 
and one of them, her clarity the veil that allures you, 
secretly makes you see the world without yourself.

II. Je nommerai ton front

Je nommerai ton front
J’en ferai un bûcher au sommet de tes sanglots
Je nommerai reflet la douleur qui te déchire
Comme une épée dans un rideau de soie

I will name your brow 
I will make of it a stake at the summit of your sobs 
I will name reflection the sorrow which rends you
like a sword in a silken curtain

Je t’abattrai jardin secret
Plein de pavots et d’eau précieuse
Je te ligoterai de mon fouet

I will destroy your secret garden
full of poppies and precious water
I will bind you with my whip

Tu n’avais dans ton coeur que lueurs souterraines
Tu n’auras plus dans tes prunelles que du sang

In your heart you had nothing but subterranean gleams
you will have nothing in the pupils of your eyes but blood  

Je nommerai ta bouche et tes mains les dernières
Ta bouche écho détruit tes mains monnaie de plomb
Je briserai les clés rouillées qu’elles commandent

I will name your mouth and your hands the last
your mouth a destroyed echo your hands leaden coins
I shall break the rusted keys that they command

Si je dois m’apaiser profondément un jour
Si je dois oublier que je n’ai pas su vaincre
Qu’au moins tu aies connu la grandeur de ma haine.

If the day comes when I am completely appeased
if I must forget that I have not known victory 
at least let it be that you have known the extent of my hate. 

Fiancailles pour Rire

I. La Dame d’Andre

André ne connait pas la dame
Qu’il prend aujourd’hui par la main
A-t-elle un coeur à lendemains,
Et pour le soir a-t-elle une âme?

André does not know the woman
whom he took by the hand today.
Has she a heart for the tomorrows,
and for the evening has she a soul?

Au retour d’un bal campagnard
S’en allait-elle en robe vague
Chercher dans les meules la bague
Des fiançailles du hasard?

On returning from a country ball
did she go in her flowing dress
to seek in the hay stacks the ring
for the random betrothal?

A-t-elle eu peur, la nuit venue,
Guettée par les ombres d’hier,
Dans son jardin, lorsque l’hiver
Entrait par la grande avenue?

Was she afraid, when night fell,
haunted by the ghosts of the past,
in her garden, when winter
entered by the wide avenue?

Il l’a aimée pour sa couleur
Pour sa bonne humeur de Dimanche
Pâlira-t-elle aux feuilles blanches
De son album des temps meilleurs?

He loved her for her colour,
for her Sunday good humour.
Will she fade on the white leaves
of his album of better days?

II. Dans l’herbe

Je ne peux plus rien dire
Ni rien faire pour lui.
Il est mort de sa belle
Il est mort de sa mort belle

I can say nothing more 
nor do anything for him. 
He died for his beautiful one
he died a beautiful death

Dehors
Sous l’arbre de la Loi
En plein silence
En plein paysage
Dans l’herbe.

outside
under the tree of the Law
in deep silence
in open countryside
in the grass.

Il est mort inaperçu
En criant son passage
En appelant
En m’appelant.

He died unnoticed
crying out in his passing
calling 
calling me.

Mais comme j’étais loin de lui
Et que sa voix ne portait plus
Il est mort seul dans les bois
Sous son arbre d’enfance.

But as I was far from him
and because his voice no longer carried
he died alone in the woods
beneath the tree of his childhood.

Et je ne peux plus rien dire
Ni rien faire pour lui.

And I can say nothing more
nor do anything for him. 

 III. Il vole

En allant se coucher le soleil
Se reflète au vernis de ma table
C’est le fromage rond de la fable
Au bec de mes ciseaux de vermeil.

Mais où est le corbeau? Il vole.

As the sun is setting
it is reflected in the polished surface of my table 
It is the round cheese of the fable
in the beak of my silver scissors.

But where is the crow? It flies.

Je voudrais coudre mais un aimant
Attire à lui toutes mes aiguilles.
Sur la place les joueurs de quilles
De belle en belle passent le temps.

Mais où est mon amant? Il vole.

I should like to sew but a magnet
attracts all my needles. 
On the square the skittle players
pass the time with game after game. 

But where is my lover? He flies.

C’est un voleur que j’ai pour amant,
Le corbeau vole et mon amant vole,
Voleur de coeur manque à sa parole
Et voleur de fromage est absent.

Mais où est le bonheur? Il vole.

I have a thief for a lover, 
The crow flies and my lover steals, 
the thief of my heart breaks his word 
and the thief of the cheese is not here. 

But where is happiness? It flies.

Je pleure sous le saule pleureur
Je mêle mes larmes à ses feuilles
Je pleure car je veux qu’on me veuille
Et je ne plais pas à mon voleur.

Mais où donc est l’amour? Il vole.

I weep under the weeping willow
I mingle my tears with its leaves. 
l weep because I want to be desired
and I am not pleasing to my thief. 

But where then is love? It flies.

Trouvez la rime à ma déraison
Et par les routes du paysage
Ramenez-moi mon amant volage
Qui prend les coeurs et perd ma raison.

Je veux que mon voleur me vole.

Find the rhyme for my lack of reason
and by the roads of the countryside 
bring me back my flighty lover
who takes hearts and drives me mad. 

I wish that my thief would steal me.

IV. Mon cadavre est doux comme un gant

Mon cadavre est doux comme un gant
Doux comme un gant de peau glacée
Et mes prunelles effacées
Font de mes yeux des cailloux blancs.

My corpse is as limp as a glove 
limp as a glove of glacé kid 
and my two hidden pupils 
make two white pebbles of my eyes.

Deux cailloux blancs dans mon visage
Dans le silence deux muets
Ombrés encore d’un secret
Et lourds du poids mort des images.

Two white pebbles in my face 
two mutes in the silence 
still shadowed by a secret 
and heavy with the burden of things seen.

Mes doigts tant de fois égarés
Sont joints en attitude sainte
Appuyés au creux de mes plaintes
Au noeud de mon coeur arrêté.

My fingers so often straying 
are joined in a saintly pose 
resting on the hollow of my groans 
at the centre of my arrested heart.

Et mes deux pieds sont les montagnes
Les deux derniers monts que j’ai vus
A la minute où j’ai perdu
La course que les années gagnent.

And my two feet are the mountains 
the last two hills I saw 
at the moment when I lost 
the race that the years win

Mon souvenir est ressemblant,
Enfants emportez-le bien vite,
Allez, allez ma vie est dite.
Mon cadavre est doux comme un gant

I still resemble myself 
children bear away the memory 
quickly, go, go, my life is done. 
My corpse is as limp as a glove.

V. Violon

Couple amoureux aux accents méconnus
Le violon et son joueur me plaisent.
Ah! j’aime ces gémissements tendus
Sur la corde des malaises.

Enamoured couple with the misprized accents
the violin and its player please me. 
Ah! I love these wailings long drawn out 
on the cord of uneasiness. 

Aux accords sur les cordes des pendus
A l’heure où les Lois se taisent
Le coeur, en forme de fraise,
S’offre à l’amour comme un fruit inconnu.

In chords on the cords of the hanged 
at the hour when the Laws are silent 
the heart, formed like a strawberry, 
offers itself to love like an unknown fruit.

VI. Fleurs

Fleurs promises, fleurs tenues dans tes bras
Fleurs sorties des parenthèses d’un pas
Qui t’apportait ces fleurs l’hiver
Saupoudrées du sable des mers?

Promised flowers, flowers held in your arms,
flowers sprung from the parenthesis* of a step,
who brought you these flowers in winter
powdered with the sand of the seas? 

Sable de tes baisers, fleurs des amours fanées
Les beaux yeux sont de cendre et dans la cheminée
Un coeur enrubanné de plaintes
Brûle avec ses images saintes.

Sand of your kisses, flowers of faded loves 
the beautiful eyes are ashes and in the fireplace 
a heart beribboned with sighs 
burns with its treasured pictures.

* The shape made by a footprint in the sand.

Chansons de Bilitis

I. La Flûte de Pan

Pour le jour des Hyacinthies
il m’a donné une syrinx faite de roseaux bien taillés,
unis avec la blanche cire
qui est douce à mes lèvres comme le miel.

For the festival of Hyacinthus
he gave me a syrinx, a set of pipes made from well-cut reeds 
Joined with the white wax
that is sweet to my lips like honey.

Il m’apprend à jouer, assise sur ses genoux;
mais je suis un peu tremblante.
il en joue après moi,
si doucement que je l’entends à peine.

He is teaching me to play, as I sit on his knees;
but I tremble a little.
He plays it after me, 
so softly that I can scarcely hear it.

Nous n’avons rien à nous dire,
tant nous sommes près l’un de l’autre;
mais nos chansons veulent se répondre,
et tour à tour nos bouches s’unissent sur la flûte.

We have nothing to say to one another,
As we are so close to each other;
but our songs want to converse,
and our mouths are joined as they take turns on the pipes.

Il est tard,
voici le chant des grenouilles vertes qui commence avec la nuit.
Ma mère ne croira jamais
que je suis restée si longtemps
à chercher ma ceinture perdue.

It is late:
here comes the chant of the green frogs, which begins with the night.
My mother will never believe
I spent so long 
searching for my lost waistband.

II. la Chevelure

Il m’a dit: “Cette nuit, j’ai rêvé.
J’avais ta chevelure autour de mon cou.
J’avais tes cheveux comme un collier noir
autour de ma nuque et sur ma poitrine.

He told me: “Last night I dreamt.
I had your hair was around my neck,
I had your hair like a black necklace
round my nape and on my chest.

“Je les caressais, et c’étaient les miens ;
et nous étions liés pour toujours ainsi,
par la même chevelure, la bouche sur la bouche,
ainsi que deux lauriers n’ont souvent qu’une racine.

“I was stroking it, and it was my own;
And we were joined together forever thus,
By the same hair, with our mouths touching,
just as two laurels often have only one root.

“Et peu à peu, il m’a semblé,
tant nos membres étaient confondus,
que je devenais toi-même,
ou que tu entrais en moi comme mon songe.”

“And gradually it appeared to me,
since our limbs were so entwined, 
that I was becoming you
and you were entering me like my dream.”

Quand il eut achevé,
il mit doucement ses mains sur mes épaules,
et il me regarda d’un regard si tendre,
que je baissai les yeux avec un frisson.

When he’d finished, 
he gently put his hands on my shoulders, 
and gazed at me with a look so tender
that I lowered my eyes, quivering.

III. Le tombeau des Naiades

Le long du bois couvert de givre, je marchais;
Mes cheveux devant ma bouche
Se fleurissaient de petits glaçons,
Et mes sandales étaient lourdes
De neige fangeuse et tassée.

I trudged along in the frost-covered woods;
My hair in front of my mouth
blossomed in tiny icicles,
and my sandals were heavy 
with muddy caked snow.

Il me dit: “Que cherches-tu?”
“Je suis la trace du satyre.
Ses petits pas fourchus alternent
Comme des trous dans un manteau blanc.”
Il me dit: “Les satyres sont morts.

He asked: “What are you looking for?”
“I’m following the tracks of the satyr –
his little cloven hoofprints alternate 
like holes in a white cloak.”
He said: “The satyrs are dead.

“Les satyres et les nymphes aussi.
Depuis trente ans, il n’a pas fait un hiver aussi terrible.
La trace que tu vois est celle d’un bouc.
Mais restons ici, où est leur tombeau.”

“The satyrs are dead, and the nymphs too.
In thirty years there has not been such a terrible winter.  
The tracks you see are those of a goat.  
But let’s rest here, where their tomb is.”

Et avec le fer de sa houe il cassa la glace
De la source ou jadis riaient les naïades.
Il prenait de grands morceaux froids.
Et les soulevant vers le ciel pâle,
Il regardait au travers.

With the iron of his hoe he broke the ice 
of the spring where the water-nymphs used to laugh.
He picked up the large cold slabs of ice,
and lifting them toward the pale sky,
Looked through them.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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